
1. Comment votre parcours a-t-il commencé ?
Aux alentours de mes 13 ans, j’aidais déjà mon père dans les vignes et en cave. J’étais admiratif du travail de mon père qui était passionnant et passionné. J’étais naturellement intéressé par son travail, sa philosophie et son approche du métier. Après mon bac en agronomie générale, j’ai fait un BTS viti-oeno à Beaune. Je suis ensuite allée en Corbières, dans le sud de la France, afin de travailler à la création d’un Domaine viticole. Fin 2011, mon père a eu un accident mortel, et mon aventure dans le sud a pris fin. Je suis rentré au Domaine pour épauler ma mère et ma sœur.
2. Quelle est la partie la plus gratifiante de votre métier ?
J’apprécie ce métier tel que je le pratique, en biodynamie, car il devient porteur de sens, au plus proche de la nature. Je suis attaché à la valorisation de chaque terroir, de la manière la plus écologique possible, et ça, c’est gratifiant au quotidien ! Je crois sincèrement que notre métier améliore et participe à offrir une parcelle de bonheur à notre société à la recherche de bien-être.
3. Pouvez-vous décrire la philosophie du domaine et comment elle influence les vins que vous produisez ?
Notre philosophie est avant tout se sublimer ce qu’offre la nature et la vigne, pour offrir un vin honnête, qui a de la personnalité, qui ressemble à son terroir, en toute franchise et singularité. Pour cela, il est évident pour moi de travailler en culture biodynamique, le plus écologiquement possible et quasiment sans intrants œnologiques, hormis un peu de soufre. En résumé, cela me permet de produire des vins de caractère, qui reflètent leur terroir et leur Millésime, tout en précision et en préservant la pureté du vin. Chaque Millésime marque son empreinte sur le vin, qui conserve cependant une trame intrinsèque autour de laquelle chaque terroir s’exprime.
4. Quel est, selon vous, l’aspect le plus difficile dans l’élaboration d’un vin ?
Cela dépend notamment de la taille du Domaine et de sa philosophie de travail. Cependant, ce qui est commun à tous, c’est l’aspect imprévisible de la météo, qui exige une grande adaptabilité tout au long de l’année. Tant que les raisins ne sont pas vendangés, rien n’est acquis !
5. Avez-vous un cépage préféré avec lequel travailler ? Qu’est-ce qui le rend spécial pour vous ?
Le Gewurztraminer, sans hésitation. C’est un cépage plutôt facile à palisser mais très sensible aux maladies du bois. Lorsqu’il est mûr, ses magnifiques grains rosés sont un régal à croquer durant les vendanges. C’est également le cépage le plus compliqué à vinifier, du fait de son exubérance aromatique, de sa faible acidité et de son PH élevé. Mais contre toute attente, il offre des vins de grande garde et qui s’affinent avec le temps. Je trouve que le Gewurztraminer donne des vins les plus inattendus et imprévisibles d’Alsace.
6. Pouvez-vous partager un millésime mémorable ou un vin dont vous êtes particulièrement fier ?
J’ai beau réfléchir je n’en trouve pas. Chaque année apporte son lot de surprises et de complexité. Chaque Millésime a sa particularité. Ma plus grande fierté serait peut-être le Gewurztraminer Grand Cru Pfersigberg 2013. Un superbe vin moelleux, avec une pourriture noble totalement inattendue qui s’est formée au cours des vendanges cette année 2013. J’en ai d’ailleurs dessiné l’étiquette.
7. Qu’est-ce qui rend votre région et votre vignoble uniques par rapport aux autres ?
La diversité des terroirs et des cépages, ainsi que le très grand nombre de vins produits par Domaine. L’Alsace est riche d’un très grand nombre de sols, d’un microclimat idéal et d’une topographie complexe. Nous produisons un peu tous les types de vins que l’on peut trouver au monde. Des bulles, des vins de macération, des moelleux, des liquoreux, des secs, des Grands Crus et des vignes en complantation. Nous sommes par ailleurs l’un des vignobles précurseurs sur le plan de la viticulture en biodynamie et dont le pourcentage en viticulture biologique est le plus élevé.
8. Si vous pouviez faire du vin n’importe où dans le monde, en dehors de votre région actuelle, où serait-ce et pourquoi ?
Je ne parviens pas vraiment à me projeter dans un autre vignoble. Ou alors dans un endroit historique, où l’on produit du vin depuis des Siècles. Je pense que l’on produit trop de vins sur Terre, et qu’il ne s’agit pas d’un produit de première nécessité. Il faut en faire moins, mais mieux, de la manière la plus écologique possible et pas n’importe où dans le monde. Je suis plutôt casanier et pas du tout affamé de voyages. Je souhaite de tout cœur préserver notre patrimoine familial et alsacien, le faire progresser, l’améliorer et le valoriser afin que notre métier continue de nous faire vivre et attire les générations à venir.

























